Le président de l’Assemblée nationale, Mohammad Younous Qanouni, a déclaré que la loi allait permettre aux électeurs de se rendre compte de l’implication de leurs représentants dans la résolution des problèmes des Afghans.
La loi prévoit également que les noms des députés absentéistes seront communiqués aux médias toute les semaines, à la fin de chaque mois et de chaque session parlementaire.
Les premiers noms ont été donnés en mature aux médias dès samedi. Il s’agit du frère du président Hamid Karzaï, Abdoul Qayoum Karzaï, député de la province de Kandahâr (Sud), de Hâdji Adboul Wahab, député de la province septentrionale de Djawdjan, et de Faraidoun Momand, député de la province orientale du Nangarhâr. Ces trois députés n’ont pas participé à la moindre séance de l’assemblée depuis le début de l’année.
A cause d’un absentéisme récurrent, l’assemblée nationale n’a pas été en mesure de légiférer au cours des trois derniers mois. 249 députés siègent à la chambre basse du parlement afghan. Un quorum des deux tiers est nécessaire pour voter les lois. Or, entre 80 et 100 députés sont régulièrement absents, dont 60 à 70 sans motifs valables.
Le travail parlementaire est considérablement ralenti. Il a fallu 35 jours aux députés pour adopter une texte autorisant l’augmentation du traitement des fonctionnaires. Plus grave, la loi sur les médias n’est pas encore votée alors qu’elle est prête depuis plusieurs mois.
Début mai, des députés ont accusé leurs collègues absentéistes d’être à la solde de puissances étrangères. Parlementaire élu dans la province du Nangarhâr, Aryan Youn a déclaré : « les députés absentéistes sont aux mains de puissances politiques étrangères qui veulent (la perpétuation) du chaos en Afghanistan. Il s’agit d’une conspiration contre la jeune démocratie afghane. »
Un autre député, élu dans la province de Ghazni, a été plus précis dans ces accusations. Selon Abdoul Jabar, le Pakistan, la Russie et l’Iran favorisent l’absentéisme de certains députés afin de fragiliser le système politique afghan.
D’autres députés estiment que la question des ingérences étrangères n’explique pas tout. La députée Fahima Sadat pointe l’exaspération de certains de ses collègues qui n’en peuvent plus de voter des lois contraires à la constitution.
La dernière manifestation en date remonte au mois d’avril. Plusieurs députés ont quitté l’hémicycle pour protester contre l’adoption d’une loi à la majorité qui autorise le vote des nomades sur l’ensemble du territoire, en contradiction, selon eux, avec la loi électorale. « Nous avons toléré de nombreuses choses qui étaient contraires à la constitution, mais désormais les députés ne veulent pas laisser voter des lois contraires à la constitution », a-t-elle déclaré.
L’Assemblée nationale est aux mains des anciens chefs de guerre et de potentats locaux. Le mois dernier, le procureur général, Abdomen Jabar Sabit, avait menacé de révéler les noms de 22 députés accusés de plusieurs crimes, y compris des meurtres et l’acquisition de biens fonciers par la force.
Cette mainmise, qui rencontre l’opposition de députés issus d’autres strates de la société afghane, se manifeste notamment dans l’action de l’Assemblée dans le domaine des droits de l’Homme.
En janvier 2007, les parlementaires ont adopté une loi qui offre une impunité totale pour les crimes de guerre commis durant la période 1979-1994. Le vote de cette loi a provoqué une levée de boucliers des associations de défense des droits de l’homme.
Plus tard, le 3 septembre, l’Assemblée nationale a adopté un texte lui donnant un droit de regard sur la nomination des dirigeants de certaines autorités administratives indépendantes. Parmi celles-ci, figure la commission indépendante des droits de l’Homme.
La commission milite depuis plusieurs années pour l’ouverture d’enquêtes sur les nombreux crimes de guerre et violations des droits de l’homme qui ont jalonné l’histoire récente de l’Afghanistan. En 2005, la commission a publié un rapport intitulé « A call for justice » pour relayer la soif de justice qu’expriment de nombreux afghans. Un autre rapport émanant de l’organisation non gouvernementale américaine Human Rights Watch accuse de nombreux chefs de guerre, aujourd’hui reconvertis dans la politique et majoritaires au Parlement., de s’être rendus coupables de crimes de guerre.
Plusieurs députés opposés au texte ont condamné l’initiative du Parlement qui, pour eux, n’est destinée qu’à contrôler la commission afin de l’empêcher d’enquêter sur les crimes commis par les chefs de guerre.
Avec Pajhwok et AFP

