
- Assadôllah Khalid enturé de soldats afghans
Photo prise le 19 juin 2008 dans la vallée d’Arghandâb.
Crédits : Ismail Sameem/Reuters
Selon les autorités afghanes, l’opération Doar Bukhou ("Demi-tour") a permis de mettre en déroute les taliban dans le district d’Arghandâb, au nord de Kandahâr. « Les taliban ont été totalement chassés du district d’Arghandâb », a déclaré jeudi le gouverneur, Assadôllah Khalid, lors d’une conférence de presse à Kandahâr. « Plusieurs centaines d’entre eux ont été tués ou blessés et beaucoup de leurs pertes sont des Pakistanais », a ajouté le gouverneur.
Vu de Kaboul, c’est donc une grande victoire d’autant plus que des « centaines de taliban » étaient retranchés dans cette région stratégique qui commande l’accès à Kandahâr. Ils étaient parvenus en début de semaine à prendre le contrôle de plusieurs villages. Dans la perspective de combats, ils avaient également détruit des ponts et déposé des mines, selon les autorités afghanes.
Cette vision des événements s’est également nourrie des déclarations des taliban. « Nous n’avons pas l’intention d’abandonner le moindre mètre du territoire d’Arghandâb, que nous allons utiliser pour mener des attaques dans Kandahâr », a ainsi assuré un porte-parole des taliban, Youssouf Ahmadi.
Toutefois, l’Otan n’a jamais confirmé ces informations. Des militaires canadiens ayant patrouillé le secteur mardi n’avaient observé « aucun signe manifeste » d’activité rebelle, ce qui ne signifie pas pour autant qu’il n’y a pas de taliban, a précisé l’OTAN dans un communiqué. « Arghandâb n’est pas sur le point de tomber aux mains des taliban, cela n’a aucun sens », avait assuré le général Carlos Branco, porte-parole de la Force internationale d’assistance à la sécurité de l’Otan.
Ces dissonances se retrouvent dans les différents bilans des combats rendus publics. « Le district d’Arghandâb a été entièrement nettoyé de toute présence ennemie. Au cours de l’opération, 56 ennemis ont été tués. Deux soldats ont perdu la vie, ainsi qu’un civil », a déclaré le porte-parole du ministère de la Défense, le général Mohammad Zahir Azimi. On est loin des centaines de « blessés et de tués » annoncées par le gouverneur Assadôllah Khalid.
On s’en éloigne encore plus lorsqu’on apprend de la bouche du général Azimi que 12 des 56 insurgés tués l’ont été au cours d’un affrontement qui n’était pas lié à l’opération et qui a eu lieu dans un district différent, à Maiwand, toujours dans la province de Kandahâr. « Il n’y a eu que des incidents mineurs. Les insurgés étaient là, mais certainement pas aussi nombreux ni aussi bien installés qu’ils le disaient », a affirmé pour sa part le général Carlos Branco, porte-parole des forces de l’Otan en Afghanistan. Il a précisé que les rebelles avaient refusé le combat à plusieurs reprises. « Il s’agit davantage d’une série de petits engagements avec l’intervention ponctuelle de frappes aériennes et d’artillerie que d’une vraie bataille », a approuvé Mark Laity, porte-parole civil de l’Otan.
Dans ces conditions, comment ne pas lier cette opération de communication à la récente attaque de la prison de Sarposa par les taliban qui a abouti à l’élargissement d’environ 1 000 prisonniers, dont une moitié de taliban ?
Avec AFP et Reuters

