Pakistan – Situation sécuritaire

Que s’est-il passé à Gora Praï ?

Bassirat.net

jeudi 12 juin 2008

Au lendemain de la frappe aérienne de la coalition antiterroriste internationale sur le sol pakistanais, le flou demeure sur l’identité des victimes, Américains et Pakistanais présentant des versions contradictoires.

Légitime défense ?

La ligne de défense de l’armée américaine consiste à mettre en avant la légitimité des frappes. Mercredi, la coalition antiterroriste dirigée par les États-Unis a publié un premier communiqué allant dans ce sens. Jeudi, la coalition a diffusé une vidéo montrant le déroulement des quatre frappes dites de « précision  ». La voix assurant le commentaire affirme « qu’une patrouille des "forces de la coalition » a été attaquée dans la province afghane du Kounar, dans l’est du pays, par un groupe de sept combattants munis d’armes légères et de lance-roquettes, qui se sont ensuite repliés au Pakistan.

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Civil déblayant les restes de sa demeure
Photo prise le 11 juin 2008 dans la région de Cheikh Baba, district de Mohmand. Crédits : REUTERS/Mohammad Shahkar

« Une bombe de précision tue deux des éléments anti-Afghans au Pakistan. Il est clair qu’il n’y a aucun bâtiment ou poste militaire dans la zone. Le reste des éléments anti-Afghans tente de fuir et se cache dans un profond ravin », affirme le commentateur. « Une seconde bombe de précision explose en dehors de l’écran. Une troisième vise les éléments anti-Afghans dans le ravin. Les survivants font l’objet d’une nouvelle frappe d’une bombe de précision qui tue les trois derniers. Il est clair qu’il n’y a aucun bâtiment dans la zone visée », répète le commentaire.

Plus tard, la Maison Blanche a donné un son de cloche légèrement différent. « Nous sommes toujours en train d’essayer d’avoir tous les éléments sur ce qui s’est passé. Et pour être honnête, les informations, même au sein de l’administration américaine sont contradictoires pour l’instant », a indiqué le conseiller à la Sécurité nationale du président Bush, Stephen Hadley.

Puis, le secrétaire américain à la Défense Robert Gates a annoncé l’ouverture d’une enquête et invité le Pakistan et l’Afghanistan à y participer. « Le Pakistan est un partenaire exceptionnellement important pour nous dans cette guerre contre le terrorisme. Personnellement, je regrette que nous ayons à faire face à un problème. Qu’il y ait un incident qui crée un problème entre nous et le gouvernement du Pakistan », a dit le secrétaire américain à la Défense. « Nous pensons que toutes les procédures ont été respectées mais seule l’enquête tranchera, et s’il faut introduire des changements, nous le ferons », a ajouté M. Gates.

Onze soldats tués, selon Islamabad

La version des autorités militaires pakistanaises est différente. Elles imputent l’origine des combats à une incursion mardi soir de l’armée afghane dans le district de Mohmand, en territoire pakistanais. Selon l’armée pakistanaise, les soldats afghans ont tenté d’installer un poste de contrôle dans la région montagneuse de Gora Praï.

À l’issue d’un échange de tirs qualifié de « violent  » par l’armée pakistanaise, les soldats afghans ont été repoussés par les paramilitaires pakistanais. C’est en regagnant leur territoire que les soldats afghans ont été attaqués par des taliban pakistanais et des tribus locales.

Peu après minuit, un missile ou un obus d’artillerie tiré d’Afghanistan s’est abattu sur la position des paramilitaires pakistanais, tuant onze d’entre eux et quinze taliban, selon un bilan fourni par Islamabad. Les taliban pakistanais ont reconnu avoir perdu huit hommes dans les frappes de la coalition.

Islamabad va-t-il freiner sa coopération avec Washington dans la lutte antiterroriste ?

L’armée pakistanaise a immédiatement condamné la frappe aérienne, « acte totalement délibéré et lâche (des forces de la coalition déployées en Afghanistan) qui heurte les fondements de la coopération et les sacrifices consentis par les soldats pakistanais dans leur soutien à la guerre antiterroriste ». Dans un geste symbolique fort, le Pakistan a organisé mercredi soir des funérailles publiques pour ses onze soldats. Le Pakistan a perdu près de mille soldats, depuis 2001, lors d’affrontements avec des activistes taliban.

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Enterrement d’une des victimes de la frappe de la coalition
Photo prise le 11 juin 2008 à Peshawar. Crédits : AP Photo/Mohammad Sajjad

Le premier ministre pakistanais, Youssouf Raza Gilani, a promis quant à lui de faire respecter « la souveraineté du pays et sa dignité. « Nous ne permettons pas l’utilisation de notre territoire. Nous condamnons cette attaque  », a-t-il dit .

Cet incident survient à un moment où les relations entre Islamabad et Washington connaissent un sérieux trou d’air. L’administration Bush et plusieurs pays occidentaux militairement engagés à la frontière entre l’Afghanistan et le Pakistan critiquent la stratégie déployée dans cette région par le gouvernement pakistanais issu des élections législatives du 18 février dernier.

Le Pakistan cherche à négocier des accords avec des responsables taliban pakistanais afin de faire baisser le niveau de violence. Mais ceux-ci ont promis de continuer la guerre sainte sur le sol afghan contre les forces de la coalition alors qu’Islamabad est accusé, au mieux, de fournir assez d’efforts pour empêcher les incursions de combattants fondamentalistes en Afghanistan.

Dans un rapport rendu public en début de semaine, Rand, think tank financé par le Département américaine de la Défense, accuse des membres des services de renseignements pakistanais et des forces paramilitaires d’apporter une aide aux rebelles actifs en Afghanistan, qu’ils soient affiliés aux taliban, au Hezb-e Islami de Gôlbouddine Hekmatyâr, ou à al-Qaïda. Le rapport estime que les bases utilisés par les rebelles en territoire pakistanais constituent un obstacle insurmontable à l’effort de stabilisation menée par l’Otan et la coalition antiterroriste internationale.

Avec AFP, AP et Reuters








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