
- Paramilitaire armé d’un lance-roquette dans un bunker de l’agence de Khyber
- Crédits : Mohammad Sajjad/Associated Press
« L’opération contre les mécréants progresse sans problème. Il n’y a pas eu de résistance pour l’instant. Pas de victimes non plus, pour l’instant », a indiqué à Reuters le chef de la police de la Province de la frontière du Nord-Ouest, Malik Navid Khân. Néanmoins, la presse locale rapporte que les hôpitaux de Peshawar ont été placés en alerte.
Les forces de sécurité semblent, pour l’heure, se focaliser sur la région de Bara. « Un couvre-feu a été imposé à Bara. Toutes les routes menant à la ville ont été fermées », a indiqué, sous le couvert de l’anonymat, un haut responsable des forces de sécurité. Les commerces ont été fermés et les forces de sécurité ont demandé à la population de ne pas sortir dans les rues. Selon d’autres sources, des positions appartenant aux taliban ont été soumises à des tirs d’artillerie.
La région de Khyber abrite plusieurs mouvements se revendiquant de l’idéologie des taliban afghans. Hâdji Namdar, 39 ans, dirige le Mouvement pour la promotion de la vertu et la répression du vice et tente d’imposer, depuis la vallée de Tirah, une version ultra-rigoriste de l’islam dans l’agence de Khyber. L’usage de méthodes violentes pour faire adhérer les tribus locales à son interprétation de l’islam a été à l’origine de nombreux troubles. En outre, son organisation est soupçonnée de lancer des attaques contre les forces étrangères déployées en Afghanistan.
L’autre figure locale de la talibanisation est Menghal Bagh, ancien chauffeur de bus dont les hommes sont accusés d’avoir lancé des attaques dans Peshawar même et d’avoir tendu des embuscades à de nombreux convois de camions chargés de ravitailler les forces étrangères présentes sur le sol afghan.

- Paramilitaire armé d’un fusil d’assaut dans un bunker de l’agence de Khyber
- Crédits : Mohammad Sajjad/Associated Press
Le lancement d’une opération militaire contre des taliban locaux constitue une première pour le gouvernement issu des élections législatives du 18 février 2008. Jusqu’à présent, les autorités ont privilégié la négociation avec les taliban et la signature d’accords de paix qui ont pour principale conséquences de détourner une partie des militants radicaux vers l’Afghanistan, les autres étant occupé à consolider leur emprise sur la zone tribale.
Mais, les taliban de l’agence de Khyber faisaient peser une trop lourde menace sur Peshawar, tout comme ceux qui ont pris le contrôle de villes voisines (Darra Adam Khel, Michini, Warsak, Shabqadar, Tangi, Charsadda pour ne citer qu’elles). « Nous sommes virtuellement assiégés par ces militants », s’inquiète un responsable de la sécurité. « S’ils ne sont pas arrêtés, ils prendront Peshawar », estime-t-il. Improbable il y a quelques mois, cette hypothèse n’est pas à écarter d’autant plus que de nombreux médias décrivent à longueur d’articles les forces de sécurité locales démoralisées en raison des lourdes pertes qu’elles ont enregistrées.
La montée de l’insécurité liée aux activité des taliban dans la région de Peshawar est un phénomène relativement récent qui remonte à l’attaque en 2006 d’une école coranique de l’agence de Bajaur dans laquelle 82 personnes avaient péri. Pour les taliban, l’attaque est l’œuvre d’un drone américaine, ce que Washington dément.
Quelques mois plus tard, la campagne de terreur des taliban commençait. Dans un premier temps, les écoles publiques pour filles des environs de Peshawar ont commencé à recevoir des menaces indiquant que les écoles seraient détruites si les élèves ne revêtaient par la burqa. Puis, ce sont les propriétaires de boutiques de musique qui se sont retrouvés dans l’oeil du cyclone.
En 2007, la région de Peshawar a basculé dans la violence avec au moins un attentat ou un tir de roquettes par semaine. Aucun incident de ce genre n’avait été recensé en 2006 par les autorités locales. La volonté de négocier dont le nouveau gouvernement a fait preuve vis-à-vis des taliban a considérablement réduit le niveau de violence jusqu’au début du mois de juin qui a vu les incidents se multiplier. Dans la nuit du 8 au 9 juin, quatre policiers ont été tués et deux autres blessés lors de l’attaque de leur véhicule de police dans la banlieue de Peshawar. Le week-end dernier deux pick-up en provenance de l’agence Khyber ont effectué un raid sur l’hôpital de Peshawar aboutissant à l’enlèvement de seize chrétiens pakistanais qui ont été relâchés douze heures plus tard.
Avec AFP, Reuters et The New York Times

